Résumé : La neutralité n'est pas ancrée dans la Constitution fédérale actuelle comme un principe autonome, mais apparaît comme une « tâche » de l'Assemblée fédérale et du Conseil fédéral. Elle est absente de la section relative à la politique extérieure (art. 54 Cst.). C'est précisément ce que l'initiative sur la neutralité entend changer avec un nouvel art. 54a. La distinction entre droit de la neutralité (droit international, rigide) et politique de neutralité (politique intérieure, flexible) est centrale.
La neutralité est mentionnée à deux endroits dans la Constitution fédérale (Cst.) [1] :
Art. 173 al. 1 let. a Cst. -- Assemblée fédérale :
L'Assemblée fédérale prend les mesures nécessaires pour préserver la sécurité extérieure, l'indépendance et la neutralité de la Suisse.
Art. 185 al. 1 Cst. -- Conseil fédéral :
Le Conseil fédéral prend des mesures pour préserver la sécurité extérieure, l'indépendance et la neutralité de la Suisse.
Ce qui frappe : la neutralité apparaît comme une tâche (aux côtés de la sécurité et de l'indépendance), et non comme un principe constitutionnel autonome. Dans la section « Affaires étrangères » (art. 54 Cst.), elle est totalement absente [1].
La neutralité suisse comprend deux dimensions fondamentalement différentes, souvent confondues [2][3] :
| Caractéristique | Droit de la neutralité | Politique de neutralité |
|---|---|---|
| Source juridique | Droit international (Conventions de La Haye 1907) | Politique intérieure suisse |
| Champ d'application | Uniquement lors de conflits armés internationaux | Également en temps de paix |
| Flexibilité | Rigide, juridiquement contraignant | Flexible, adaptable aux circonstances |
| Contenu | Devoir d'abstention, égalité de traitement, devoir de prévention | Mesures pour assurer la crédibilité |
| Exemple | Interdiction d'envoyer des troupes | Décision sur la reprise de sanctions |
Le DFAE précise dans sa brochure officielle : « La politique de neutralité, contrairement au droit de la neutralité, n'est pas prescrite par le droit international, mais est l'expression de la décision souveraine de la Suisse. » [2]
Le 26 octobre 2022, le Conseil fédéral a adopté le rapport sur la neutralité [4]. Les messages clés :
L'auteur du Verfassungsblog a analysé : « La Suisse évolue dans le cadre d'une "neutralité flexible" qui se distingue de la neutralité permanente au sens strict. » [5]
Mark E. Villiger, ancien juge à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), a rédigé une analyse juridique détaillée de l'initiative sur la neutralité [6] :
L'initiative veut, avec un nouvel art. 54a Cst., élever la neutralité du pouvoir discrétionnaire de l'exécutif au rang de principe constitutionnel. Pour une analyse détaillée du texte de l'initiative et de ses quatre piliers, voir :
[1] Constitution fédérale (Cst.), RS 101.
Recueil systématique. [Open Access]
[2] DFAE (2024). Neutralité de la Suisse.
Département fédéral des affaires étrangères. [Open Access]
[3] DFAE (s.d.). La neutralité de la Suisse (brochure PDF).
Département fédéral des affaires étrangères. [Open Access]
[4] swissinfo.ch (2022). Rapport sur la neutralité 2022 (texte intégral, PDF).
Conseil fédéral, 26 octobre 2022. [Open Access]
[5] Verfassungsblog (2022). Flexible Neutralität.
Verfassungsblog.de. [Open Access]
[6] Villiger, M. E. (2022). Verankerung der schweizerischen Neutralität im innerstaatlichen Recht.
EIZ Publishing / unser-recht.ch. [Open Access]
Dernière mise à jour : mars 2026